La ligne de démarcation et les "passeurs"

Est-ce le lieu qui donne son nom aux gens ou le contraire ? Vous ne savez pas à quoi correspond ce métier indiqué sur un acte ? C'est ici que vous pourrez en parler ainsi que de tout ce qui touche l'histoire locale ou régionale.

La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar brosberry » Sam 24 Mar 2012 17:49

Bonjour,

Voici la transcription d’articles parus dans le Berry Républicain du 31 mai au 06 juin 1948.
Ceux-ci, à nous jeune génération, lèvent un peu le voile sur une partie méconnue de notre histoire et des périls encourus par nombre de nos anciens au nom de la Liberté.

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La ligne de démarcation qui séparait le Cher en 2 zones, jusqu’au 1er mars 1943.

Le long de laquelle les passeurs officiaient et où de nombreux drames se jouaient.
Voici l’histoire que quelques- uns d’entre eux

Nom de l’article du journal :

Quand sans souci des honneurs nos « passeurs » étaient à la peine.

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Le 6 juin – dimanche prochain – les Evadés de guerre s’honoreront en honorant ceux qui les ont aidés à franchir la ligne de démarcation, cette « frontière » tracée par l’ennemi en plein cœur de la France.

La ligne de démarcation! Pour beaucoup, elle constituait l’ultime obstacle à vaincre pour recouvrer la liberté, une liberté conquise au prix d’efforts, de ruses, de risques, de périls, une liberté qui était, pour chacun, le bien le plus précieux.
Les occupants savaient fort bien que cette ligne n’était qu’un symbole. Ils n’ignoraient pas que, de l’autre côté, on pensait et on agissait un peu plus « français » ; ils savaient que la contrainte y était moins sévère et que la zone non occupée pouvait donner l’illusion d’un havre de sécurité.
Aussi, la surveillance était-elle particulièrement active le long de cette ligne qui était matérialisée, dans notre département en particulier, par le cher, puis par des routes.

Le Cher , fossé plein d’eau, constituait la ligne depuis la limite du département –Thénioux- jusqu’à Villeneuve. Puis elle courait à travers champs et bois jusqu’au Subdray, pour longer ensuite la route G.C.31 du Subdray à Plaimpied. Elle suivait ensuite le canal jusqu’à Saint-Just, la route G.C. 71
Jusqu’au sud de Crosses, passait en pleins champs jusqu’au nord de Jussy-Champagne et longeait ensuite la route qui relie cette localité à Apremont, en passant par Raymond, Fauminard, Ourouër-les-Bourdelins, Germigny-l’Exempt, la Chapelle-Hugon.

Franchir une route – et à plus forte raison un cours d’eau – n’était pas chose particulièrement aisée. Des postes fixes dominaient les « glacis », alors que des patrouilles circulaient sans cesse le long de la ligne. Certaines même faisaient des incursions dans le « no man’s land » qui séparait les postes allemands et français.

Mais toutes ces difficultés n’ont pas empêché nos compatriotes, que le hasard avait fait « frontaliers », d’aider par tous les moyens en leur pouvoir ceux pour qui le franchissement de cette maudite ligne était d’un intérêt souvent vital. Prisonniers évadés, juifs traqués, hommes politiques poursuivis, combattants de la Résistance ou des Forces françaises libres, aviateurs alliés abattus en territoire ennemi, ont eu besoin de passer en zone non occupée à la « barbe » des soldats de la Wehrmarcht. Il ne fallait pas songer à obtenir, même avec de faux papiers, le laisser-passer que l’ennemi ne distribuait qu’avec parcimonie. Et puis, c’eût été se jeter dans la gueule du loup en risquant la fouille et les questions indiscrètes.

Une seule solution : La fraude.

Nos populations berrichonnes ont compris admirablement quel service elles pouvaient rendre aux « clandestins ». Ce service, elles l’ont donné de bon cœur, spontanément, pour le plaisir bien français de « resquiller », et de rouler l’occupants ; souvent aussi, avec cette verve, ce panache que l’occupant, peu spirituel, n’a jamais pu assimiler ; parfois, hélas ! jusqu’au sacrifice suprême.

Qui dira la somme de dévouement, d’abnégation, d’audace, de courage tranquille dont firent preuve nos compatriotes ? Qui dira quelles ruses furent employées ?

Nul ne sait exactement le nombre exact de personnes « passées » par les frontaliers. Nul, pas même eux, car la modestie demeure encore une vertu bien de chez nous, et les actes de courage quotidiens ne comptent pas plus, pour beaucoup, que n’importe quel acte de la vie.

Certes, il s’est trouvé parmi les « passeurs », des gens qui n’ont vu dans cette activité clandestine, que l’aubaine de mauvais coup à faire. Rançons, vols et parfois assassinats ont été leur seule raison d’agir. Il en est qui touchait de l’argent des deux côtés.
Ceux-là ne nous intéressent pas.

Nous avons voulu rendre visite à ceux qui , au contraire, avec désintéressement, ont aidé des Français ou des amis à fuir l’oppression. Ils sont légion. Mais nous serons obligés de faire un choix –hélas ! aveugle – et les quelques faits que nous citerons ne seront que des exemples parmi tant d’autres. Beaucoup ont pu être plus méritants. Qu’ils ne voient pas dans notre abstention autre chose qu’un effet du hasard. Ceux que nous ne pourrons mettre en vedette n’ont pas été moins dévoués que les autres.

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TROUY ‘’point’’ de passage …

On peut diviser grossièrement la ligne de démarcation en trois zones différentes, dans sa traversée du département du Cher : Vierzon et Thénioux d’une part ; les localités proches de Bourges en second lieu (Trouy, Plaimpied, St-Just, etc…) ; et enfin la région de Nérondes-La Guerche.
Vierzon tient, dans l’histoire des passages clandestins, une incontestable vedette, car la ville était coupée en deux par la ligne.
C’est certainement à Vierzon que les passeurs ont couru le plus de risques, et qu’ils se sont montrés les plus audacieux en même temps que les plus habiles ; car il fallait jouer serré.
Cependant, ailleurs aussi, on ne restait pas inactif.

LE MAIRE DE TROUY FAISAIT DES FAUX.

Trouy avait le rare « privilège » d’être, aussi, -bourg et commune- coupée en deux par la ligne de démarcation.
Le cimetière était dans le « no man’s land », mais il était difficile d’y aller clandestinement, car un poste allemand se trouvait tout près. Donc, pas d’enterrements de fantaisie, pas de familles extraordinairement nombreuses aux cortèges, pas de manquants au retour. Il fallait penser à autre chose, car les réfugiés venaient nombreux, de Bourges et d’ailleurs.
C’est alors que M. Désiré SEGRIL, maire depuis 1923, fabriqua de faux certificats de travail pour des candidats à la liberté. Ces gens, comme par hasard, venaient s’embaucher dans les fermes de la commune, et accompagnaient, au-delà de la frontière, les troupeaux, les tombereaux, les machines agricoles. Ils ne revenaient jamais.
Un jour, un officier occupant eu l’idée de s’aviser qu’il travaillait à Trouy des centaines d’ouvriers agricoles. Il se vit faire cette réponse très crâne :
-C’est vrai, je fais des certificats dit M. SEGRIL, mais ce n’est pas mon métier de savoir si ces gens-là reviennent : c’est le vôtre.
L’Allemand n’insista pas.
Toute la population de Trouy, d’ailleurs, coopérait au passage. Hélas ! souvent l’ennemi tendait des pièges.
Un jour, un officier français vint à Trouy en compagnie d’un civil. Il cherchait M. SEGRIL pour lui demander de faire passer cet homme en zone libre. M SEGRIL n’était pas là. On alla voir le curé, M. CHAVY, qui accepta. Mais le civil était membre de la Gestapo, et le curé de Trouy fut arrêté.
Les douaniers allemands, d’ailleurs, avaient appris à connaître la population et certaines relations savamment exploitées ont permis de faciliter un peu la tâche des passeurs. On dit même que l’un des Teutons, nommé Willy, favorisa le passage de certains civils.

UN PASSAGE AUDACIEUX.

Mais un jour les douaniers furent remplacés par de la troupe, venue au repos des fronts de Russie Le commandant local fit creuser des trous individuels tout le long de la ligne, à quelques centaines de mètres les uns des autres, et des guetteurs y prirent place.
Un jour, un civil dont on n’a pu nous dire le nom, se dirigea tout droit vers une des sentinelles. Au moment où le soldat allait lui interdire le passage, l’homme brandit un gourdin et assomma la sentinelle, puis disparut dans la nuit.
Beaucoup de clandestins n’avaient pas le même courage tranquille, et certains, au moment de passer, perdaient tous leurs moyens.
M SEGRY nous cita le cas d’un étudiant parisien qu’il fit passer. Après lui avoir indiqué la route à suivre, il lui souhaita bon voyage.
Mais, trompé par l’obscurité, le voyageur vint frapper à la porte d’une ferme qui se trouvait… en zone occupée. Il avait fait demi-tour sans s’en apercevoir. Trois fois, au cours de la même nuit, le jeune homme se perdit.
Finalement, après avoir heurté l’huis d’une maison où se trouvait un poste allemand, il fut remis à M. SEGRIL, qui, cette fois, lui indiqua un chemin facile à suivre, un chemin où il ne pouvait pas se perdre … le Sud.

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EN ATTENDANT QUE SON MARI REVIENNE……

M. Louis CHAUMEAU, de Nouzigout, commune de Plaimpied, a été fait prisonnier de guerre en 1940. Mais, comme tan d’autres, lui aussi songer à s’évader. Partir ? Evidemment ce n’était pas très facile, mais en attendant mieux, il pouvait aider malgré tout ses camarades à tenter l’aventure.
Il dirigea, alors, ceux que la chance favorisa le plus, vers la petite ferme où était restée sa femme. Ce bâtiment, tapi au bord du canal, était en zone occupée, mais les champs bordaient exactement la ligne de démarcation.
Cette circonstance devait permettre à Mme CHAUMEAU de faire franchir la ligne à des amis de son mari, qui, en échange lui apportaient des nouvelles de l’absent.
- « C’était un gros risque, faisons-nous remarquer à Mme CHAUMEAU.
- Bien sûr, nous dit-elle, modeste, mais c’était si facile ! J’habillais les évadés en berger, ou en moissonneurs suivant la saison, et dès qu’une patrouille était passée – ou à la nuit tombante – ils n’avaient plus qu’à sauter la route. C’était simple, vous voyez. »
Un jour, parmi les évadés, qui arrivaient chez elle, elle vit entrer son mari. C’était bien son tour ! Mais ce n’est pas pour cela que cesse l’activité de Mme CHAUMEAU.
M. Abel CHAUMEAU, son beau-frère, habite la ferme des Granges-Neuves, qui était en zone libre, ou plus exactement dans le « no man’s land ».
M.A.CHAUMEAU a fait passer des prisonniers, lui aussi, mais surtout de la correspondance. Il recevait, à la poste de Plaimpied, un courrier plus volumineux que l’administration ait jamais reçu.
Dénoncé, il fut arrêté, et fit quinze jours de prison.
Mais il recommença par la suite.

LA FERME DE M.DURAND ÉTAIT A CHEVAL SUR LA LIGNE

Entre Plaimpied et Trouy, le G.C.31 court à flan de coteau. Il est, évidemment, d’une surveillance très facile, car rien n’y arrête l’œil, surtout quand cet œil cherche à voir. Franchir de jour et même de nuit le G.C.31 était au temps des Allemands, une épreuve ardue.

La petite exploitation de M. GIRAUDON s’érige en bordure de ce chemin, mais en zone « nono », comme on disait alors. Cependant, un poste allemand était très près de là, si près que bien souvent M. GIRAUDON eut la visite d’indésirables « vert de gris ».
Un jour, il eut la surprise de voir arriver chez lui un noir qui eut la chance de passer en plein jour la ligne, près du poste où la sentinelle s’était endormie après de trop copieuses libations.
M. GIRAUDON, suspect à bon droit d’aider les clandestins, fut l’objet de perquisitions et de vexations, et dut se plaindre aux autorités françaises à Levet…. qui ne purent malheureusement rien pour lui.

Le cas le plus curieux est celui de M. DURAND, dont la ferme est à cheval sur le même G.C.31. Cette ferme c’est le domaine bien connu de Faitin, qui a donné son nom à des bois assez étendus.
Ces bois bordent, d’ailleurs, la route face à la ferme, et un peu plus loin, ils sont de part et d’autre du chemin.
Encore, un passage bien surveillé !

Une nuit, qu’il y avait un magnifique clair de lune, M. DURAND entend frapper aux volets de sa chambre.
-« Qui est là ? dit-il, prudent.
- C’est moi.
- Qui çà, « moi » ?...
- C’est moi. »
M. DURAND ne pouvant tire d’autres explications décida de s’habiller. Il ouvre la porte et se trouve nez à nez avec une bonne demi-douzaine de Nord-Africains.
-« La ligne encore loin ? demande celui qui parlait le mieux français.
- Là, de l’autre côté de la route. »
Ces braves gens croyaient avoir encore deux kilomètres à parcourir.
-« Fort heureusement, nous a dit M. DURAND, il n’y a pas eu de patrouille ce soir-là, autrement nous allions tous en prison : les Arabes et moi-même. »

-« Un jour, pourtant, nous avons vécu des minutes tragi-comiques, nous dit encore M.DRUAND.3
Trois jeunes gens arrivent avec des vélos et des valises derrière le petit bois. Les prés sont nus comme la main, pas une haie. Ils marchent en devisant, et sans prendre aucune espèce de précaution.
Tout-à-coup, les Allemands arrivent. Ils voient les trois hommes, font des sommations. Mais les trois lascars se sauvent chacun dans sa direction, si bien que deux d(entre eux réussissent à gagner le petit bois.
Le troisième tourne autour de la maison, et s’enfuit à travers les prés. L’Allemand le tire comme un lapin, et le manque. Mais le jeune homme a eu peur, et se couche. L’autre arrive vers lui, et, au moment où il allait le rejoindre, prend sa toile de tente dans un fil de fer barbelé, et tombe, empêtré.
Il n’a fallu que quelques secondes au jeune Français pour rejoindre ses camarades, et, peu après, tous les trois se trouvaient en sécurité.
Ils avaient laissé les vélos et les valises dans un bois, et un de leurs camarades est revenu avec eux, huit jours après, pour reprendre possession du tout.
« Je crois, poursuit M.DURAND, que ces jeunes gens sont de Saint-Amand. ».

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L’ODYSSEE DE DEUX AVIATEURS BELGES.

M. Maxime VAUVRE habite, près de Jussy-Champagne, une ferme en plein Polygone. Cette ferme se trouvait en zone occupée, mais à quelques centaines de mètres de la ligne de démarcation.
Mutilé de la guerre 1914-1918, M. VAUVRE a de bonnes raisons de ne pas aimer l’occupant. Sa main droite estropiée lui rappelle sans cesse les souffrances de l’autre guerre.

Voilà trente ans que M. VAUVRE est dans le pays. Il connait bien tous les sentiers, et tout le monde, jusqu’à Avord et Farges, le connait bien aussi.
Son patriotisme ne laisse aucun doute.
Aussi, une filière d’évasion aboutit-elle naturellement à la ferme du Domaine-Neuf qu’il exploite.

Un jour, il vit arriver chez lui – entre tant d’autres, un employé de la S.N.C.F., qui n’était autre que le gendre de M. GIRARD, le buraliste d’Avord.
Pour franchir la ligne, on choisit une nuit particulièrement noire. Cette obscurité même faillit être fatale aux deux hommes. Au moment où ils allaient atteindre la haie qui marquait la limite, ils entendent des voix qu’ils connaissaient –hélas - trop bien. Ils n’ont que le temps de s’aplatir au sol, pour laisser passer la patrouille pour, d’un bond, se retrouver en zone moins dangereuse.

L’un des coups les mieux réussis fut celui qui permit l’évasion de deux aviateurs belges qui se rendaient à Londres.
Admirons ici l’étroite coopération d’un village tout entier.
Ces deux aviateurs arrivèrent chez M.VAUVRE, guidés par la filière dont nous parlons plus haut. Ils sont très au courant des heures de trains, et veulent absolument être à Saint-Amand pour 4 heures du matin, afin de prendre un train qui doit les conduire à Montpellier, où un avion les attend.
M. VAUVRE va au village trouver M. Auguste BOIRAT, de la Gaume, qui possède un bon cheval.
Mais ce cheval a labouré toute la journée, et pour lui demander d’aller à Saint-Amand – 40 kilomètres – il n’y faut point songer.
M. VAUVRE va chez M. MALICHARD, qui fait fonction de maire. M. MALICHARD a une auto.
-« oui, mais je n’ai pas de carburant, dit-il.
- J’en ai bien 5 litres, dit M. BOIRAT, et je vous les donne.
- Et bien, nous les conduirons au moins jusqu’à Dun. Va chercher les Belges, dit M. MALICHARD à M. VAUVRE.

A travers les guérets, les trois hommes franchirent sans encombre la ligne de démarcation, bien que ce passage soit rendu plus lent par l’un des Belges.
-« Gotfordom, la terre qui entre dans mes souliers.
Et de se déchausser à chaque fois pour enlever les graviers


L’ÉMOUVANT RETOUR DU PRISONNIER

M. VAUVRE eut à passer, également, un prisonnier évadé parmi d’autres. Mais si nous relevons son aventure, c’est parce qu’elle n’est pas banal.

Ce prisonnier est le fils d’un cheminot de Tours. Non seulement il a décidé de quitter le stalag, mais encore, il a promis à un de ses camarades d’aller chez lui, dans le Midi, donner de ses nouvelles.
Ce prisonnier a fait un séjour de quelques jours chez M. VAUVRE, et entre temps, a écrit à son père pour lui dire de venir le rejoindre à Jussy. Puis il effectue son voyage en zone non occupée.
Quelques jours après, M. VAUVRE a la surprise de le voir revenir.
-« Que venez-vous faire en zone occupée ?
- J’ai décidé d’aller chercher, en Allemagne, le camarade chez qui je suis allé.
- C’est de la folie.
- C’est très réalisable, je vous demande seulement de dire à mon père, s’il vient ici, que je serai de retour mercredi ou jeudi.

Le mercredi arriva, nous dit M. VAUVRE, mais mon « gars » n’était point de retour. Son père commençait à s’inquiéter.

Le jeudi soir, j’entends frapper à ma porte, et qui vois-je ? Le prisonnier qui, non content d’avoir fait évader un camarade, en avait fait évader deux. Si bien que j’ai été obligé de les envoyer tous les trois en zone libre.
-« C’était un courageux, celui-là, conclut M. VAUVRE. »

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UN PUR HEROS : LE DOCTEUR DUVAL

Parmi tous ceux qui, à Vierzon, se sont sans cesse dévoués pour assurer le passage de la ligne à des centaines de personnes, avec un incomparable dévouement et une abnégation totale, il convient de placer en premier lieu le regretté Docteur DUVAL, un des premiers résistants vierzonnais.

Ardent Français, médecin-chef de l’hôpital de Vierzon, le Docteur DUVAL, revint de la guerre 1914-1918 avec la croix de guerre. Son passé élogieux, tout de dévouement, aurait pu lui permettre en 1940 d’aspirer au calme et au repos. Ce serait mal connaître cet homme. En 1940, il reçoit une nouvelle croix de guerre avec la palme de vermeil.

Vierzon occupé, il se met aussitôt au service des réseaux de résistance qui font leurs premiers pas. Dès lors, l’activité du Dr DUVAL s’étend sur un vaste champ. Le récit de ses actions prendrait à lui seul tout un volume ; aussi nous contenterons-nous pour le moment de choisir parmi ses nombreuses activités, celle à qui un nombre incalculable de Français et d’Alliés doivent la vie, celle de passeur.
Sa vaste maison de la rue Gourdon était en partie occupée par les Allemands. C’est à la barbe de ceux-ci que logeaient, quelques mètres plus loin, dans le fond de la cour, les soldats français et anglais qui attendaient le moment de passer la ligne derrière laquelle se trouvait la liberté.

Celle-ci se trouvait là, toute proche, les hommes évadés, traqués pouvaient des fenêtres apercevoir cette zone libre, tant attendue. Leur destin ne reposait plus que dans les mains d’un homme.

Celui-ci avait patiemment rassemblé toute une collection de photos. Il choisissait parmi celle-ci, la plus ressemblante et le Dr DUVAL fabriquait à ses pensionnaires de faux laisser-passer. Munis de ces précieux papiers, prisonniers, résistants, agents secrets qui lui étaient confiés traversaient la ligne toujours accompagnés du docteur ou de sa femme.

Quand il fallait faire vite, le docteur employait un autre moyen. Il possédait alors, à l’île Marie, une petite propriété, reliée à la zone Sud par un câble le long duquel glissait un bateau. Les Allemands surveillant le passage, l’affaire n’était pas sans danger.
Pendant plus d’un an, le Dr DUVAL et sa femme, firent traverser le ligne à un si grand nombre de personnes, qu’il est difficile de l’évaluer. Parmi eux, se trouvaient beaucoup d’agents alliés porteurs d’ordres ou chargés de missions de la plus haute importance

Malheureusement, le 9 octobre 1941, au matin, la Gestapo arrêtait le Docteur, rue Gourdon. Il devait mourir en déportation le 29 mars 1943, à Dusseldorf, d’une façon qui n’a pu être élucidée, ayant vu décapiter à la hache, à Cologne, trois de ses compagnons, le colonel RABY, le capitaine MORLAIX, et l’abbé DETRY.

Là-bas, au cimetière de Dusseldorf, le Dr DUVAL, pur héros vierzonnais, n’est que la tombe n° 515, mais pour tous les Vierzonnais et ceux qu’il a sauvés, c’est une des nobles figures de Français que vint honorer dernièrement la Médaille de la Résistance avec rosette à titre posthume.

TUÉ DANS SA BARQUE

A l’âge de 50 ans, Raymond TOUPET, originaire de Thénioux, n’était pas en très bon termes avec les occupants puisqu’il avait été condamné à mort par contumace par la Cour Martiale de Bourges. Aussi avait-il jugé plus prudent d’être domicilié, près de ses ennemis, mais hors de leur portée. Il avait choisi pour cela les bords du Cher, en zone libre, à Vierzon-Bourgneuf.

Pendant longtemps, l’ « condamné à mort » passa au nez et à la barbe des Allemands, de nombreuses personnes qui désiraient franchir la ligne. Le passage réalisé, il coulait sa barque sur la rive de la zone libre afin de ne pas donner l’éveil aux Allemands.

Il fut blessé une première fois par les Allemands qui, ayant entendu du bruit, tirèrent un peu au hasard. Mais, à peine était-il sorti de l’hôpital de Châteauroux où il avait été soigné qu’il reprenait la barque.

Le 7 février 1942, en pleine nuit, Raymond TOUPET venait accoster en zone occupée et chargeait dans sa barque un homme, une femme et un petit garçon. A ce moment, TOUPET entendit un bruit sur la rue. Il se dépêcha alors de gagner le large. Il était hélas trop tard. Le passeur avait été vendu et les Allemands déchargèrent leurs fusils presqu’à bout portant. TOUPET s’affaissa, tué sur le coup, tandis que la barque contenant les trois personnes et son cadavre s’en allait à la dérive.

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Mlle MERSEY, « L’INFIRMIÈRE AU GRAND CŒUR »

Infirmière bénévole en 1914-1918, assistante sociale du Comité d’hygiène, décorée de la médaille d’argent, Mlle Claire MERSEY accomplit, lors de la débâcle, une tâche écrasante, et, alors que claquaient les derniers coups de feu qui précédèrent l’entrée des troupes allemandes dans Vierzon, c’était encore elle qui relevait les blessés.
La bataille apaisée, elle alla reconnaître les morts.

Quand la ligne de démarcation eut dressé son mur au bord du Cher, cette femme qui, toute sa vie s’était inlassablement dévouée ne pouvait rester inactive. Elle organisa donc le Centre d’accueil avec d’autres infirmières. Mais cette activité en cachait une autre. En effet, Mlle MERSEY se mit, dès 1940 au service des évadés.

De son immense activité, nous n’avons pu recueillir que certains passages. D’un dévouement sans borne, mais ennemie des honneurs Mlle MERSEY n’a en effet, jamais fait état de ses services, même à ses proches. Seuls peuvent encore parler d’elle, ceux avec qui elle a travaillé. Il semble bien qu’elle ait consacré la plus grand partie de ses jours et ses nuits aux évadés qui, réfugiés dans Vierzon-Ville, chez des amis sûrs, attendaient que s’ouvrent pour eux les portes de la liberté.

Ses stratagèmes étaient nombreux. En rapport étroit avec Me GARAPIN, M. THOUVENIN, et le Dr CLIQUET, elle prenait en charge les évadés et les faisait passer le plus souvent au nez et à la barbe des Allemands. Combien de prisonniers, d’Anglais, d’aviateurs tombés sont devenus, par ses soins et pour la circonstance, paralytiques, aveugles, grands mutilés. Vieillis à souhait, grimés, ils passaient sur des civières où dans des voitures sanitaires, tandis qu’à leur côté, l’infirmière semonçait vertement chauffeurs et même douaniers qui ne prenaient pas assez de précautions avec ses « grands malades ». Il faut croire que la joie de se sentir libre opérait des miracles, car passé la zone dangereuse, les paralytiques faisaient des bons de joie, les aveugles se dirigeaient seuls et les mutilés retrouvaient soudainement leurs membres disparus.

Ceci nécessitait cependant de nombreuses pièces d’identité et certificats qui devaient être parfaitement en règle. C’est pour cette raison que Mlle MERSEY disposait toujours d’un important stock de faux papiers.

Un jour l’affaire fur cependant sur le point de mal tourner. Les Allemands questionnèrent longuement l’infirmière. Celle-ci ne se leva même pas du petit coffre que lequel elle était assise. Les Allemands la laissèrent finalement. Le coffre qui lui servait de siège contenait 76 fausses cartes d’identité.

Une fois la ligne traversée, les évadés étaient conduits par ses soins chez son frère qui habite encore Vierzon-Bourgneuf et qui sera décoré dimanche à Saint-Amand, ainsi que sa femme. Là, les hommes étaient nourris, couchés, habillés avant de reprendre leur route. Et le lendemain, la même chose recommençait.

Lorsque les Allemands occupèrent toute la France, Mlle MERSEY ne s’arrêta pas. Les évadés ou toutes les personnes poursuivis par la Gestapo trouvait asile près d’elle. C’est ce qui devait la perdre.

En mars 1943, les Allemands arrêtèrent un Anglais et découvrirent parmi ses papiers un carnet où étaient inscrits trois noms. Parmi ceux-ci se trouvait celui de Mlle MERSEY. Le 31 mars, « ll’infirmière au grand cœur » était arrêtée par Willy.

Conduite à Fresnes, elle réussit à faire parvenir ce petit mot à son frère. Ces quelques lignes reflètent son âme tout entière : « Ne vous en faites pas pour moi. J’espère que vous allez bien et que vous n’avez pas trop d’ennuis à mon sujet. Je m’en excuse. »

Ce furent là les dernières nouvelles que sa famille devait recevoir. Elle mourut en Allemagne où elle avait été déportée, à l’âge de 58 ans.

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LES MULTIPLES SUBTERFUGES DU DR CLICQUET

En écrivant nos récents articles au sujet du Dr DUVAL et de Mlle MERSEY, qui tous les deux ont fait preuve du dévouement le plus admirable pour faire passer la ligne de démarcation à un nombre incalculable de Français, de prisonniers évadés, ou de soldats des armées alliés, un nom est revenu à plusieurs reprises, celui du docteur CLICQUET.

L’activité du Dr CLIQUET a commencé dès 1940. Les Allemands venaient à peine d’occuper Vierzon que le docteur, aidé de ses deux fils, faisait passer de l’autre côté du Cher nombre de personnes cherchant à fuir le contact des Allemands.

Le docteur possédait, à cette époque, une maison au bord du Cher. Pendant longtemps celle-ci fut remplie de prisonniers évadés ou de soldats alliés.
La nuit venue, ceux-ci traversaient les jardins, gagnaient les bords du Cher, et là, sous la conduite d’un des fils du docteur, ils traversaient le Cher à un endroit peu profond, mais qu’il fallait particulièrement bien connaître, car il était situé entre deux trous très dangereux.

Mais les Allemands eurent vent de cette activité et le 23 juillet 1940, c’est –à-dire un mois après leur arrivée, ils arrêtèrent une première fois le docteur CLIQUET. Relâché quelques temps après faute de preuves, il reprit immédiatement, avec ses enfants, son dangereux travail. Et pendant longtemps, il évita les patrouilles allemandes et réussit à faire franchir la ligne à ceux qui venaient lui demander service.

Les demandes se faisant d’ailleurs de plus en plus nombreuses. Il fallut songer à une grande organisation. Le docteur CLIQUET se procura alors de nombreux laisser-passer établis à des noms qui coïncidaient avec ceux qu’il imprimait sur des fausses-cartes d’identité. Ce système marcha pendant un certain temps. Cependant, les Allemands devaient bientôt exiger la photo sur le laisser-passer. Il fallut alors songer à autre chose.

On s’aperçut à ce moment, qu’à la bifurcation des Forges, des trains s’arrêtaient et étaient contrôlés par des soldats allemands. On casait alors les candidats à l’évasion dans un petit parapet près de la gare des Forges et lorsque le train s’arrêtait pour le contrôle, ceux-ci sautaient dans les wagons de marchandises. Quelques instants, le train repartait et les évadés n’avaient plus qu’à descendre à la prochaine gare.

Malheureusement, un jour, les Allemands, qui avaient contourné le train, virent des hommes monter dans les wagons de marchandises. Le train s’ébranlait ; ils ne purent heureusement pas les rattraper. Mais l’affaire fut éventée, et il fallut encore chercher un autre moyen.

Pendant ce temps, on continuait cependant à faire traverser le Cher à tous ceux qui le désiraient.

Il se présenta même, certain jour, au domicile du docteur, un consul d’Angleterre en France. Celui-ci, qui avait été arrêté par les Allemands, puis interné à Fresnes, avait réussi à s’évader, avec l’aide de l’Intelligence Service. Arrivé à Vierzon, il lui fallait franchir la ligne, dernier mur avant la liberté. Le docteur CLIQUET le monta dans une ambulance, avec la directrice du dispensaire, et le fit passer comme grand malade. L’affaire réussit parfaitement, et quinze jours après le consul était au Portugal, d’où il put regagner l’Angleterre.

A peu près à la même époque, arrivèrent également chez le docteur six aviateurs anglais, dont l’avion avait été abattu au-dessus des Vosges. Ceux-ci après s’être réconfortés chez notre compatriote, passèrent la ligne de démarcation, accompagnés de celui-ci… en qualité de sourds-muets. Comme ils ne parlaient pas un traître mot de français, leur rôle de muet fut assez facile à tenir. L’affaire réussit parfaitement et les six aviateurs purent à leur tour regagner l’Angleterre. Il y avait parmi eux Franck ALLEN, fils d’un général de la Royal Air Force.

Et il continua encore pendant longtemps.

Mais le 23 mars 1943, le sinistre PAOLI venait à Vierzon et arrêtait le docteur CLIQUET. Celui-ci fut conduit à Bourges, puis mis au secret à Fresnes. Il partit finalement pour Buchenwald, d’où il revint dans un lamentable état de déficience physique, le 23 avril 1845, libéré par les troupes alliés.

Cette grande activité a reçu sa récompense, il y a peu de temps. Le docteur CLIQUET a, en effet, été décoré, à Brunevald, de la Croix de la Libération, par le général de Gaulle, lui-même.

Fin de cette saga sur les « Passeurs » du Cher.
Source : Feuillets et morceaux de journal en mauvais état , sinon déchirés
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar Annie Popineau » Sam 24 Mar 2012 23:36

Merci Bernadette, pour cet article sur les "passeurs" de la ligne de démarcation.
Au Musée de la Résistance à Bourges, qui est juste avant l'entrée des archives, il y a aussi des renseignements et une carte de la ligne.

C'est intéressant car on voit bien, la ligne qui serpente entre les communes du département du Cher.
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar champault » Dim 25 Mar 2012 09:10

Bonjour,
Merci Bernadette pour ces histoires de France que beaucoup d'entre nous n'ont pas connues.
Il n'y a pas de mots pour qualifier ces individus qui ont fait subir tant de souffrance à notre population, et notre vocabulaire n'est pas assez riche pour nommer toutes ces personnes qui ont sauvé tant d'anonymes pendant ce conflit.
Remercions ces passeurs qui effectuaient ces actions, en première vue, dans l'indifférence.
@micalement
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar Eric » Lun 26 Mar 2012 16:34

brosberry a écrit:EN ATTENDANT QUE SON MARI REVIENNE……

M. Louis CHAUMEAU, de Nouzigout, commune de Plaimpied, a été fait prisonnier de guerre en 1940. Mais, comme tan d’autres, lui aussi songer à s’évader. Partir ? Evidemment ce n’était pas très facile, mais en attendant mieux, il pouvait aider malgré tout ses camarades à tenter l’aventure.
Il dirigea, alors, ceux que la chance favorisa le plus, vers la petite ferme où était restée sa femme. Ce bâtiment, tapi au bord du canal, était en zone occupée, mais les champs bordaient exactement la ligne de démarcation.
Cette circonstance devait permettre à Mme CHAUMEAU de faire franchir la ligne à des amis de son mari, qui, en échange lui apportaient des nouvelles de l’absent.
- « C’était un gros risque, faisons-nous remarquer à Mme CHAUMEAU.


Une énorme bise Bernadette, cet article semble bien prouver la légende familiale, la femme de Louis CHAUMEAU, c'est Marcelle PIGEAT, ma grand-tante disparue il y à 2 ans.
Pour compléter, son frère, mon grand-père menait des terres à Trouy et ses terres étaient coupées par la ligne, il faisait surement parti de l'équipe courrier car lui aussi fit quelques jours de prison pour cela.

Peux-tu si c'est possible me scanner cet article, ce serait vraiment sympa.
Amitiés,
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar brosberry » Lun 26 Mar 2012 18:32

Bonjour Eric,

Pas de problème, je te le scanne et te l'envoie dans la soirée

biz :hello:
Amitiés
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar brosberry » Lun 26 Mar 2012 20:57

Bonsoir,

Eric je t'ai envoyé l'article sur ta BAL perso

Pour tous, j'ai ai scanné les articles, ainsi vous aurez parfois une petite photo des personnes concernées et des lieux.
Amitiés
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar Annie Popineau » Lun 26 Mar 2012 21:11

Bonsoir,

C'est vraiment sympa Bernadette, d'avoir scanné des photos.
Cela fait revivre toutes ces personnes qui ont pu témoignées....et un peu celles qui ont payées de leur vie
l'aide apportée aux autres.

J'aimerais bien cet article, si cela ne te dérange pas,

Quand, j'irais aux archives, j'essaierais de faire une photo de la ligne de démarcation, car il me semble qu'elle est détaillée.

Bonne fin de soirée,
Annie
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar brosberry » Jeu 29 Mar 2012 16:07

Bonjour,

Je suppose que tous nous avons entendu quelques anecdotes plus ou moins heureuses sur cette période.

En voici une, mon papa était « passeur de renseignements », il passait le courrier dans le cadre creux de son vélo.

Il m’a souvent raconté qu’il lui était arrivé maintes fois à passer la ligne avec son vélo. Pour cela, il arrivait sur la route, et au poste « frontière », il changeait de sens de circulation donc tournait son vélo à l’envers, faisant croire ainsi qu’il venait de passer. Les gardes voyant qu’un individu était passé, il lui faisait refranchir la ligne, en lui disant qu’il était « interdit de passer ». Ainsi mon papa avait réussit son coup, il avait franchi la ligne. Par contre pour le retour, il ne fallait pas passer au même poste, et éviter de passer trop souvent au même poste, et au même heure, pour ne pas se faire prendre.
Selon les dires, de mon papa, il a eu « chaud » parfois, mais il ne nous en a jamais dit plus, tout le reste était secret, tabou, il ne fallait pas remuer « la douleur du passé ».
Amitiés
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar montag » Mer 4 Juil 2012 08:54

Et le retour ?
Petite anecdote familiale
Déjà je n'ai pas retrouvé les dates mais elles sont quelque part.
Mon GP et son beau-frère travaillaient à Bourges dans une "entreprise".
A cette époque la propriétaire leur a proposé d'aller eux et leurs familles se réfugier dans un endroit près de Bordeaux dans un domaine qu'elle possédait.
Ils y sont allés mais après quelques temps pour des raisons financières ils n'y ont pu y rester.
Ils ont donc décidés de revenir à Bourges.
Ils ont traversé la ligne de démarcation dans le sens Sud-Nord (les femmes passant devant) apparemment sans problème et sont revenus se rèinstaller dans leurs maisons.
L'article de Bernadette est très interessant et je la remercie mais je voulais signaler qu'il pouvait exister des allers-retours.
Un grand bonjour à toutes et à tous
Patrick
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Re: La ligne de démarcation et les "passeurs"

Messagepar CHAUMEAU » Mer 16 Sep 2015 20:41

Bonjour,
Je découvre cet article ou mon père et mon oncle sont nommés, je suis né en 46 et j'ai entendu beaucoup parler de cette période autours de la table familiale et dans les réunion de famille, mais toujours à mots couverts.
Pourriez-vous me transmettre le scan du journal, avez-vous des informations complémentaires sur le sujet ?
merci
Bernard
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