Conte de Noël en Berry

Conte de Noël en Berry

Messagepar Monique » 11 Nov 2014 08:49

23/12/2008 -Auteur : Bernadette Moy

Ce conte extrait d'un vieil almanach se situe en Berry, alors la nuit de Noël, n'essayez pas de savoir ce que les animaux se disent...

Dans la nuit de Noël, lorsqu'on rentrait, après minuit on évitait soigneusement les carrefours mal famés où toutes nuits de la Noël se réunissaient les sorciers et leurs bêtes pour un sabbat monstrueux.
Au retour de l'église, et avant même de réveillonner avec du vin chaud et du boudin (plus tard avec des dindes, oies, cochonnailles suivant les possibilités), on avait soin de donner à manger à tous les animaux de la ferme.
Cette nuit-là, dit-on, entre onze heures et minuit, les bœufs (surtout ceux provenant d'une même vache) parlent entre eux, mais malheur à qui tenterait de surprendre le secret de leurs conversations.

On raconte, toujours en la localisant en Berry, l'histoire, pourtant bien connue également hors des limites de notre province, qu'un boiron (jeune garçon qui aiguillonne les bœufs pendant le labourage) qui, dans ce moment solennel, se trouvait couché près de ses bœufs, entendit le dialogue suivant :


« — Que ferons-nous demain ? » demanda tout à coup le plus jeune du troupeau.
— Nous porterons notre maître en terre », répondit d'une voix lugubre, un vieux bœuf à la robe noire, « et tu ne ferais pas mal, François », continua l'honnête animal en arrêtant ses grands yeux sur le boiron qui ne dormait pas, « et tu ne ferais pas mal d'aller l'en prévenir afin qu'il s'occupe des affaires de son salut ».
Le boiron, moins surpris d'entendre parler ses bêtes qu'effrayé du sens de leurs paroles, quitte l'étable en toute hâte et se rend auprès du maître de la ferme pour lui faire part de la prédiction de ses bœufs.
Celui-ci, assez mauvais chrétien, se trouvait alors attablé avec trois ou quatre mauvais garnements de son voisinage, et, sous prétexte de faire réveillon — repas joyeux mais décent que l'on prend en famille au retour de la messe de minuit -, présidait, en vrai Balthazar à une monstrueuse orgie, tandis que la cosse de Nau flamboyait dans l'âtre et que sa femme et ses enfants étaient encore à l'église. Le fermier, malgré les vapeurs bachiques qui enfumaient son cerveau, fut frappé du masque effaré de François, à son apparition dans la salle.
— Eh bien, qu'y a-t-il ? lui demanda-t-il brutalement.
— Il y a que les bœufs ont parlé, répondit le boiron consterné.
— Et qu’ont-ils chanté ? reprit le maître.
— Ils ont annoncé qu'ils vous porteraient en terre demain ; c'est le vieux Morin qui l'a dit et il m'a même envoyé vous en avertir, afin que vous ayez le temps de vous mettre en état de grâce.
— Le vieux Morin en a menti ! et je vais lui donner une correction, s'écria le fermier, le visage empourpré par le vin et la colère.
Et, sautant sur une fourche de fer, il s'élança hors de la maison, et se dirigea vers les étables. Mais il était à peine arrivé au milieu de la cour qu'on le vit chanceler, étendre les bras et tomber à la renverse. Était-ce l'effet de l'ivresse, de la colère, ou de la frayeur ? Nul ne le sait. Toujours est-il que ses amis, accourus pour le secourir, ne relevèrent qu'un cadavre, et que la prédiction du vieux Morin se trouva accomplie.

Depuis cette aventure, que l'on dit fort ancienne, les bœufs ont toujours continué à prendre, une fois l'an la parole, mais personne n'a plus cherché à surprendre le secret de leur conversation.

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Monique
 
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