Les usines Rosières de Lunery (4)

Les usines Rosières de Lunery (4)

Messagepar Huguette Deshayes » 06 Nov 2014 10:13

Les usines Rosières de Lunery (4)
01/06/2008 -
LE PETIT FONDEUR - Avril 1993
Ce dossier est tiré intégralement d'une revue éditée par les élèves de 4ème du collège Voltaire de Saint-Florent-sur-Cher. Le travail effectué d'une grande qualité nous éclaire sur l'épopée économique des fonderies de Rosières dont bon nombre de fourneaux de nos grands-mères sont issus. Un grand merci donc aux élèves et enseignants de ce collège ainsi qu'à Jean-Luc Champault qui a conservé précieusement ce petit journal présenté ici.

Etude sur les origines et la vie des ouvriers qui firent Rosières.
usine-rosiere.jpg


Après la crise économique survenue au milieu du XIXème siècle, l'usine connaît une seconde naissance à la suite
de son rachat en 1869 par J. ROUSSEL. Maître de Forges et propriétaire de la fonderie d'Orth dans la Mayenne.


L'EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE
Entre 1846 et 1861 la population de Lunery décroît de 1181 habitants à 925.
On ne dénombre plus à Rosières que 12 ménages alors qu on en comptait 87 en 1846.


jroussel.jpg
L'ARRIVEE de JULES ROUSSEL
Trois ans après le rachat de l'usine par J. ROUSSEL, l'influence de celle-ci est déjà considérable.
Elle emploie 266 ouvriers : 29 mouleurs ; 1 fondeur ; 3 ajusteurs ; 1 dessinateur et 1 comptable vivent au hameau de Rosières Forges.

Nous n'avons recensé aucun ouvrier dans un autre hameau de Lunery. Cette renaissance de l'usine procure également
du travail à d'autres catégories de personnes comme le chef de gare, les facteurs de gare, les 2 cochers la lingère ou la femme de charge.

De ce fait, le hameau de Rosieres-Forges s'est peuplé Il compte :
13 maisons - 52 ménages - 227 individus

La population de Lunery passe à 1 064 habitants. A cette époque, une maison abritait plusieurs ménages, c'est-à-dire les parents les enfants mais aussi les domestiques et parfois des pensionnaires. C'est le cas des familles Chadeau et Troussier dont les chefs de famille sont mouleurs et hébergent 2 ou 3 jeunes pensionnaires de 19 ans, mouleurs eux aussi. Ils travaillaient précédemment à la fonderie d'Orthe dans la Mayenne et avaient suivi J. ROUSSEL à Rosières.

Le ménage de J. ROUSSEL se composait de 9 personnes :
- un attaché de maison
- le domestique en chef
- la femme du domestique en chef
- le cocher
- la femme du cocher
- le jardinier
- la femme du jardinier
- le caissier

Le caissier, Léon DUPUIS prendra la direction de l'usine à la mort de J. ROUSSEL

LES ORIGINES DES OUVRIERS.
Une analyse approfondie de la situation fait apparaître que sur les 227 habitants de Rosières-Forges, 55 sont nés dans le Cher et 172 hors du département. Ils viennent principalement de :
- la Mayenne 96
- l'Indre 46
- la Sarthe . 11
- autres départements : 19

Cette étude montre que J. ROUSSEL avait fait suivre une partie de son personnel d'Orthe dans la Mayenne (les Orthois) mais aussi de la Sarthe et d'Abloux dans l'lndre où il exploita des forges qu'il abandonna peu de temps après au profit du site plus favorable de Rosières.
En 4 ans, de 1872 à 1876 la population de Lunery s'accroît de 702 habitants. L'étude du dénombrement [ AD du cher 3M66] permet de savoir que c'est le hameau de Rosières-Forges qui continue à se développer. 104 ménages logés dans 59 maisons soit 409 habitants Ces nouveaux venus sont essentiellement les mouleur (80) les forgerons (8) les ajusteurs (5) le chef-mineur, le contre-maître et leurs familles.

Fidèle à ses principes. J. ROUSSEL a poursuivi son action. Il s'entoure de ses anciens ouvriers les loge sur place à Rosières-Forges seuls un mouleur et un forgeron habitent Lunery Bourg et l'Echalusse Rosières est devenu un "village Industriel" dont l'autonomie par rapport à Lunery ne fait que croître. L'usine emploie 425 ouvriers.
Quelle était la raison qui poussait les ouvriers de Jules ROUSSEL à le suivre dans le Berry ?
Dans une notice intéressante sur 2 de ses ouvriers d'élite. J. ROUSSEL fournit de précieux renseignements, Héron Edouard-Alfred né à St Denis-sur-sarthon (Orne) a travaillé aux forges de St Denis comme fondeur jusqu'à l'âge de 33 ans n'a quitté ces forges qu'après qu'elles se sont arrêtées. En 1846 il entra aux forges de l'Aune (Sarthe) . il en est sorti en 1849 aussi après que ces forges ont eu cessé de marcher, pour entrer à Orthe (Mayenne). A Orthe il fait fonction de mécanicien. Ouvrier intelligent, laborieux et très doué. Cet ouvrier suivit J. ROUSSEL à Abloux dans l'Indre où il se maria puis à Rosiêres où naquit son fils.
Cet exemple nous permet de comprendre que ce sont les fermetures en cascade des forges qui ne laissaient guère de choix aux employés de la métallurgie.

En 1876, sur les 409 habitants de Rosières 140 sont nés dans le Cher et 79 hors du département, ils viennent principalement de la Mayenne et de la Sarthe.
La liste nominative du recensement permet de suivre l'itinéraire assez significatif de certaines familles grâce aux indications de leurs lieux de naissance, dans la famille Mordret par exemple un fils et une fille naissent dans la Mayenne, les plus jeunes âgés de 5 et 3 ans en 1876 ont vu le jour à Rosières.
Plusieurs ouvriers mouleurs nés dans la Mayenne, ont épousé des femmes originaires d'Abloux dans l'Indre Nous trouvons ensuite mention de la naissance de leurs enfants a Rosières. Ces évocations permettront à certains lecteurs de reconnaître les diverses migrations saines par des hommes et des femmes dont ils sont aujourd'hui les descendants.

A Lunery on comptait :
- 538 garçons et filles en 1866
- 571 en 1872
- 683 en 1876

La population de Rosières était formée de jeunes adultes en âge de se marier et de fonder une famille. Les personnes àgées n'étaient guère présentes. Outre les maladies dues aux conditions de travail particulièrement dures dans lesquelles s'effectue le moulage des pièces, les logements doivent être libérés quand arrive l'âge de la retraite.

LES METIERS LUNEROIS
Aux environs de 1870 la population de Lunery est employée essentiellement dans l'agriculture. En effet 165 personnes travaillent dans le secteur agricole alors que l'ensemble des autres activités n'en regroupent que 152 les 38 cultivateurs emploient un nombre très important de journaliers, nous en avons dénombré 78 en 1872 et 97 en 1876. Ces hommes sans cesse à la recherche d'un travail temporaire, se louaient à la journée.
Leur vie était donc tout à fait précaire. L'élevage tenait une place importante dans la vie du village. Il necessitait la présence de l7 bergères, de 8 vachers et 4 porchers. Souvert ce travail revenait aux enfants car au lieu de leur faire prendre le chemin de l'école le père campagnard envoyait ses enfants garder ses troupeaux, et, les petits devenus grands se trouvaient comme domestiques chez les fermiers.
L'artisanat occupait une moindre place que l'agriculture à Lunery, sans doute parce qu'il nécessitait une qualification appropriée. Le nombre de charretiers, charrons, maréchaux, bourreliers montre le rôle considérable joué par le cheval à cette époque.
Par ailleurs nous avons dénombré 4 boulangers et seulement un épicier ce qui tend à prouver que les gens de la campagne puisaient leur nourriture sur la ferme ou le potager familial.
Il était peu probable que J. ROUSSEL trouvât dans la population essentiellement agricole de Lunery les ouvriers qualifiés dont il avait besoin.

LES CONDITIONS DE TRAVAIL AUX USINES ROSIERES
En 1874 le nombre d'ouvriers employés à l'usine est de 290 à 300 hommes. L'usine n'employait ni femmes ni enfants à la journée. Ils aidaient seulement en cas de nécessité. [AD du cher 3M19] Le salaire journalier d'un ouvrier variait de 2 à 5 francs. Les mouleurs étaient les ouvriers les mieux payés, ils gagnaient 3 à 6 francs par jour, les forgerons 3 à 5 francs et les manoeuvres 2 à 2,75 francs c'est à-dire à peu près 750 francs par an.

Au Patouillet où effectuaient l'extraction et le lavage du minerai de fer un adulte de 16 ans accomplis et au-dessus gagnai 2,75 à 3 francs par jour et un enfant 1,25 à 1,75 franc.

La durée de la journée de travail était de 11 heures en été de 9 heures en hiver pour les adultes et seulement de 7 à 8 heures pour les enfants.
La paie était bimensuelle les 15 et 30 de chaque mois. On paie le 15 tout le travail fait à la journée jusqu'au 10 et le travail fait pendant la quinzaine précédente par les ouvriers aux pièces, d'ailleurs des avances sont faites chaque quinzaine sur le travail effectué ou le travail à faire aux ouvriers qui sont dans l'embarras ou à ceux qui entrent en ménage.
Durant cette période les renseignements fournis par les mairies sur la situation industrielle et commerciale nous apprennent que "les petites industries longtemps en souffrance tentent tous les jours de se relever de l'état de malaises qu'elles ont traversé".

Les rapports entre les patrons et les ouvriers à Rosières et au Patouillet sont "excellents" Le travail à l'usine est actif et la fabrication se compose d'objets "faciles, courants à mettre en magasins" En l877, à la mort de J. ROUSSEL. l'usine employait 425 personnes dont 125 mouleurs.
Mais les résultats étaient jugés "peu encourageants" J. ROUSSEL malade était peut-être moins disponible pour s'occuper de la bonne marche de l'usine.

En 1885, un rapport sur la situation industrielle signale qu'il ne reste plus que 375 ouvriers dont les salaires étaient les suivants
tabsalaire-rosieres.jpg


Le travail à l'usine était peu actif et au 4ème trimestre, "la métallurgie est en souffrance par suite du ralentissement de la consommation.
La fabrication a été réduite de 30% malgré cela les stocks augmentent". Aux fonderies de Bourges. les ouvriers gagnaient 3,5 à 4 francs par jour pour 11 heures de travail. Les salaires étaient donc légèrement supérieurs à ceux de Rosières. Mais par défaut de commandes, l'état des ventes y était également peu actif "Les pays étrangers fournissent des métaux à plus bas prix que la France".
Dix ans après le décès de J. ROUSSEL ses successeurs se demandent encore s'il faut poursuivre les efforts entrepris à Rosières.
C'est durant la décade suivante de I887 à 1897 que les bénefices s'accroissent et de 1890 à 1900 les salaires sont augmentés de 17% pour les mouleurs de 12 à 15 % pour les autres.

LOGEMENTS OUVRIERS
Autour de l'usine existent des cités ouvrières où sont logés exclusivement les ouvriers mouleurs et quelques autres appartenant à divers corps d'état.
Les logements n'étaient pas gratuits, les ouvriers payaient une redevance très minime pour leur habitation composée de 2 pièces avec adjonction d'un jardin.

En 1885 L. DUPUIS, directeur de la Société anonyme des usines de Rosières décide de loger gratuitement les ouvriers mouleurs pendant la durée de la crise, cause de chômage.
Ces logements gratuits sont très recherchés. Pour éviter tout motif de jalousie seuls "les ouvriers de bonne conduite" sont admis dans le village ouvrier, puis on fait intervenir l'ancienneté et les charges de famille. De plus, L. DUPUIS s'engage à verser une allocation annuelle de 30 francs afin de venir en aide à chaque chef de famille mouleur ne pouvant être logé par l'usine.
Le pourcentage des mouleurs par rapport à l'ensemble du personnel est de 50%. En 1877, près de la moitié des mouleurs réside à Rosières Forges. Ils ne sont plus que 32% en 1891.

PRETS AUX OUVRIERS
En 1892 un chef de famille mouleur a gagné environ 1 350 francs. Pour construire une maison dont le devis s'élève à 2400 francs l'usine lui octroie une avance de 1300 francs, somme qu'il a remboursée avec l'intérêt convenu de 3% en 8 années pendant qu'il remboursait aux entrepreneurs le supplément de sa maison.
La société consent des avances aux ouvriers mouleurs ayant plus de 5 ans de service, propriétaires de terrains situés dans un rayon de 3 km autour de l'usine : Masseuvre ; La Bruère ; Belle-Chaume ; Bois-Ratier ; Lavergne ; Chanteloup. Au début les prêts octroyés par l'usine ne furent pas nombreux car beaucoup d'ouvriers de la campagne étaient déjà propriétaires de leur maison et l'usine en logeait un grand nombre. En outre, les ouvriers de bonne conduite espèrent toujours, avec le temps, quand les vides se produisent, venir habiter gratuitement les logements de l'usine.

DESCRIPTION DES LOGEMENTS

Dès 1869, lorsque les ouvriers de J. ROUSSEL arrivent à Rosières, ils sont logés aux alentours de Rosières aux lieux-dits : La Grange Brulée ; Les Loges de la Fontaine ; La Maison du Roc.
Entre 1840-1846, les rangs avaient été construits : Le rang Noir, Le Rang Rouge, Le Grand Rang et le Rang Mousse. Un rang abritait une dizaine de familles, chaque logement occupait 2 pièces.

En 1896 afin d'accroître le nombre de logements, la société décide la construction de maisons doubles très coquettes comprenant en bas deux pièces à feux, en haut une chambre mansardée avec grenier à laquelle on accédait par un escalier extérieur, un cellier indépendant, un jardin de 500 m2 par famille.

maisons-rosieres.jpg


La charpente était en bois de chêne, les solives, les poutres les portes et les croisées également. Le parquet était en sapin. Les sanitaires, le chauffage, l'éclairage n'était pas prévus.
Le devis de ces maisons s'élevait à 4 651,51 francs soit 2 325,75 francs par logement. En 1900, 6 maisons doubles ont été construites, 9 ans plus tard il en existe 66. Elles appartiennent à la société Anonyme Métallurgique de Rosières.

EXCURSIONS AUX USINES DE ROSIERES AU DEBUT DU SIECLE

En 1909, les membres de la société géographique du Cher se rendent en chemin de fer de Saint-Florent à Rosières, qu'ils décrivent comme "un hameau dépendant de la commune de Lunery situé sur la pente d'un côteau près du bord boisé du Cher". Ces "touristes" notent la différence entre le nouveau Rosières et l'ancien ou les maisons groupées autour d'une place ouvraient toutes sur une grande cour.
Les nouvelles maisons sont entourées de jardins plantés de légumes et même de fleurs. Une borne fontaine distribuant de l'exellente eau de source est mise à la disposition des habitants.
Tous ces avantages ne coûtaient aux locataires que 27 centimes par jour.
L'usine emploie 700 ouvriers et produit des fourneaux de cuisne, des marmites, des appareils de buanderie. L'etablissement est en transformation, de vastes installations viennent d'y être édifiés.
Le soir, les géographes satisfaits de leur visite, repartent à Saint-Florent par le "Tortillard". Ils ne peuvent être reçus comme prévu à l'usine LABBÉ, car les ouvriers sont en grève.
Aussi est-ce au château de Saint-Florent, propriété de M. RENEVEY, architecte à Paris, qu'ils achèvent leur journée.

A bientôt pour un nouveau numéro du "Petit Fondeur" et merci encore, mon arrière arrière grand-père était mouleur aux usines Rosières de 1872 à 1900...

Sources AD du Cher ; cotes 3M45 ; 3 M66 ; 3M19 ; 33M33 ; 32M27
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Huguette Deshayes
 
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