A l'ombre du siècle des Lumières

A l'ombre du siècle des Lumières

Messagepar Monique » 16 Nov 2014 14:34

Ajouté le 12/02/2009 - Auteur : Eric

Il se trouve que parmi les personnes qui fréquentent ce site, une de nos contributrices est également l'auteur d'un livre passionnant qui dépeint avec beaucoup de détails ce qu'était la vie de nos ancêtres berrichons au XVIIIème siècles, je vous invite donc à découvrir ce travail énorme qui permet de donner vie à ce qui n'était au départ qu'une recherche généalogique comme vous et moi pouvons en mener. J'aurais tendance à dire que le résultat est un modèle du genre.


Présentation du livre "A l 'ombre du siècle des Lumières " de Françoise BEZET et de Henri-Claude MARTIN

herry1.jpg



PRÉFACE DU LIVRE

Il arrive - c'est de plus en plus souvent le cas - que la généalogie amène à l'histoire. Si le cheminement ne va pas toujours de soi, il est cependant naturel, dans la mesure où il s'agit simplement de faire cheminer de concert avec ses ancêtres leurs contemporains, ceux qu'ils ont certainement connus, fréquentés peut-être, voire aimés. Ils se retrouvent ainsi à nouveau rassemblés, convoqués grâce à l'étude minutieuse des sources, sur la place du village pour une fête, dans la nef de l'église pour une cérémonie... Ils revivent alors un peu, au quotidien, dans l'environnement qui fut le leur et en leur temps, au rythme des cloches de l'église paroissiale, alors que leur parvient encore l'écho des événements survenus par-delà leur "pays", dans les villes, dans la capitale.

C'est le père Desmaisons qui a emmené Françoise Bezet et Henri-Claude Martin sur les traces des habitants du village d'Herry. Observateur et acteur de son temps, les faits et remarques qu'il a consignés, année par année, de 1746 à 1762 dans les registres paroissiaux, constituaient autant d'invitations à en savoir plus, à aller plus loin. Mettant leurs pas dans les siens, les auteurs sont partis à la rencontre de ces femmes et de ces hommes de la seconde moitié du XVIIIe siècle, faisant peu à peu de cette époque la leur.

A force de patience, les auteurs ont su identifier les sources essentielles à la conduite de leur projet, au rang desquelles figurent en bonne place les actes notariés, de la plume, pour nombre d'entre eux, de maître Dumas, tabellion et notaire du lieu. Le dépouillement de cette importante masse documentaire permet d'esquisser d'abord quelques silhouettes (le mot apparaît alors, en souvenir d'un éphémère contrôleur général des finances qui n'avait " fait que passer "…). Au gré des recherches celles-ci se multiplient, alors que leurs contours s'affirment jusqu'à devenir de vrais personnages, en relief et en couleur. Ils prennent ainsi vie, êtres de chair et de sang que Françoise Bezet et Henri-Claude Martin dotent même pour certains de la parole.

Ces faits, petits et grands, établis avec patience et minutie, dressent, ainsi rassemblés, un tableau vivant du bourg d'Herry au siècle des Lumières. Grâce aux auteurs, les destinées individuelles, précisément reconstituées, inscrivent, toutes ensemble, l'homme dans son territoire et disent, un peu, sa place dans le monde, par-delà les siècles. C'est là le beau travail d'historien qui est offert dans les pages qui suivent.


Claude Jeay
Conservateur du patrimoine
Directeur des Archives Départementales du Cher


AVANT-PROPOS DE L'OUVRAGE

Plus grande est l'intensité de la lumière et plus profonde est l'ombre qui l'entoure. Dans ce milieu du XVIIIe siècle, d'un côté, le monde est ébloui par les fastes de la cour à Versailles, par le bouillonnement d'idées nouvelles, par le rayonnement des arts et des sciences dans les salons des riches aristocrates et de la haute bourgeoisie. De l'autre côté, le peuple des campagnes et des villes reste dans les ténèbres de l'ignorance et de la superstition. Les grandes famines qui avaient emporté tant de monde au cours des siècles précédents semblent ne plus sévir. Toutefois, chaque année, les aléas du temps mettent en péril les récoltes. Des gelées tardives, de gros orages, des inondations ou la sécheresse peuvent briser cet équilibre fragile permettant à chacun de manger à sa faim.
Dans chaque village, le prêtre guide la vie de ses paroissiens dans la foi, suivant un rituel rigide, alors que le seigneur leur accorde des baux pour le travail de ses terres et l'élevage de ses troupeaux, en même temps qu'il assure basse et moyenne justice. A l'image de l'ensemble du royaume, le clergé et la noblesse dirigent la vie tant spirituelle que matérielle des villageois. Toutefois, si les curés de ces bourgs restent bien éloignés des richesses des grands princes de l'église et du pouvoir des grands prélats, l'aristocratie locale n'est guère plus aisée. Fière d'appartenir à une longue lignée de nobles, elle vit dans de modestes châteaux, près de ses gens, bien loin de la cour : une année de revenus ne suffirait pas pour qu'un de nos hobereaux s'offre l'habit qui lui permettrait de s'agenouiller devant son roi.
Mais quel que soit l'ordre auquel on appartient, n'avance-t-on pas vers un bouleversement radical de la société ?

Pourquoi avons-nous été amenés à nous plonger dans ce siècle des Lumières, à rechercher certains documents de cette époque, à visiter les lieux de vie des personnes dont nous retrouvions des traces partiellement effacées par le temps ? Tout a commencé lorsque nous avons, chacun de notre côté, jeté un regard sur le passé de notre propre famille. La vie de ceux qui nous ont transmis quelques gènes reste le plus souvent dans un brouillard que l'on aimerait éclaircir. La plupart du temps, nous sommes obligés de nous contenter de noms et de quelques dates qui rythment une existence, la naissance, le mariage et la mort, énumération que nous jugions de faible intérêt. Alors, nous avons approfondi nos recherches et nous avons commencé à découvrir les professions, certaines maintenant complètement inconnues tel fréteur ou foulonnier, mais nous avons voulu aller encore plus loin. Des fragments de vie sortaient petit à petit de l'ombre, une note en marge d'un acte nous interpellait, un commentaire du curé attisait notre curiosité et ainsi de suite nous avancions et accumulions des informations. Ces données recueillies tissaient la trame du passé mais nous voulions plus de précisions. Nous nous sommes alors retrouvés en face d'énigmes à résoudre avec pour pièces à conviction, des parchemins jaunis et des acteurs fantomatiques. En remuant toutes ces petites histoires, nous avions l'impression de regarder la grande Histoire par le petit bout de la lorgnette. Quelques émotions fortes nous attendaient aussi au beau milieu des pages des registres comme, par exemple, cette précision écrite de la main du prêtre lors d'un décès en 1766 : "tué par sa voiture de mulet qui prirent peur. La roue lui passat sur l'estomac, il se relevat, jettat une pierre après le cochon qui avait fait peur à la voiture, s'en fut se mettre au lit et peu de tems après appellat sa femme pour l'embrasser pour la dernière fois et en l'embrassant expirat" (registre de Feux).
C'est donc ainsi, en remontant la généalogie de nos ancêtres, que nous nous sommes rencontrés, au détour d'une pile de vieux documents. Les Linard et les Bondon, les Chateignier et les Courtillat se sont croisés pendant des décennies sur les chemins d'Herry qui était un gros bourg planté non loin de la Loire, à quelques lieues seulement de La Charité, à quelques heures à cheval de Bourges, de Sancerre et de Nevers. Eux qui ne franchissaient que quelques lieues pour régler leurs affaires, comment auraient-ils pu imaginer que, deux siècles et demi plus tard, leur contrat de mariage ou le bail de leur ferme ferait le tour de la terre par le biais d'internet et que, grâce à ces précieux documents, leurs descendants se pencheraient sur leur vie et essaieraient de la raconter bien qu'étant éloignés de plus de 10 000 km. Les auteurs, Françoise Bezet vit en Berry et Henri-Claude Martin à Taipei.

En tournant les pages des registres paroissiaux, nous avons fait la connaissance du Père Desmaisons. Il avait pris soin de nous laisser des lignes bien tracées, des actes bien rédigés qu'il avait classés par date et par ordre alphabétique, ce qui nous a facilité les recherches. Grâce à un relevé systématique de tous ces actes, nous avons commencé à mieux connaître les familles et les avons répertoriées méthodiquement en essayant d'établir les liens de parentés. Pour chaque personne, nous avons essayé de retrouver son métier, de savoir si elle habitait au bourg ou dans un des cinquante villages qui faisaient partie de la paroisse. Il est d'ailleurs à noter qu'aujourd'hui encore, Herry reste une des communes de France ayant le plus de hameaux. Pas à pas, nous faisions connaissance avec la population d'Herry, partageant ses peines et ses joies, tout en essayant de mettre un peu d'ordre dans cet écheveau social où tout le monde est cousin de tout le monde.
Le Père Desmaisons nous a aussi laissé un témoignage précieux grâce à ses écrits qu'il a ajoutés à la fin de chaque année, de 1746 à 1762. Sur ses registres paroissiaux, il notait les faits marquants en quelques lignes. Celles-ci nous ont servi de fil conducteur pour peindre plusieurs tableaux des scènes de vie de ses paroissiens. Nous y avons trouvé des notes relatant les intempéries, la quantité et la qualité des récoltes, les travaux et les achats réalisés sur l'église et le prieuré ou encore les drames qui ont touché les habitants comme la "maladie des bêtes à cornes" qui décima tous les troupeaux en 1747 ou l'extermination des chèvres ordonnée par le seigneur du lieu en 1751. Nous avons également pu constater que l'information circulait et arrivait dans les plus petits villages. Y sont évoqués, entre autres, le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, les aventures de Mandrin, la tentative d'assassinat de Louis XV par Damien, les diverses guerres. Bien évidemment, le Père Desmaisons entretenait une importante correspondance avec des personnes habitant à Paris, et sans doute proches du pouvoir ; par ailleurs il y avait ces nombreux colporteurs qui transportaient non seulement leurs marchandises mais aussi les nouvelles des quatre coins du royaume.

La seule lecture des registres paroissiaux avait aiguisé notre curiosité. Pour en savoir plus, nous nous sommes tournés vers les archives laissées par maître Dumas, le notaire tabellion d'Herry. Grâce à elles, nous devenions témoins de la vie quotidienne de nos ancêtres.
La masse de ces documents conservés aux archives départementales est impressionnante et le premier tri des actes concernant plus directement nos recherches fut long et difficile. Il fallut d'abord en décrypter le contenu. Nous avons dû apprendre à déchiffrer ce qui, à première vue, ressemblait plus à des "pattes de mouches" qu'à notre écriture contemporaine. Il fallut se familiariser avec des formules alambiquées, avec des redondances interminables, avec des termes qui nous étaient inconnus (ex : préciput, douaire, accanse, arrérages…). L'orthographe de l'époque ne fut pas la moindre des difficultés mais nous nous y sommes rapidement habitués. Il n'en fut pas de même pour celle du notaire. Si elle nous faisait parfois sourire, elle n'en restait pas moins assez souvent hermétique. Maître Dumas écrivait comme il parlait, phonétiquement et émaillait ses phrases avec des mots de patois berrichon. En lisant à haute voix " un desdits bœufs au pouelle bland et nouar qui est subsonné avoir esté mordu dun chien malade de la rage", nous avons réussi à comprendre qu'il s'agissait "d'un des boeufs au poil blanc et noir qui est soupçonné d'avoir été mordu par un chien malade de la rage ". Nous nous sommes heurtés constamment à une autre difficulté, celle du manque absolu de ponctuation qui risquait de nous conduire vers des contresens. En effet, du début à la fin d'un acte, quatre pages plus loin, on ne rencontre aucun point ni virgule.

Les difficultés de lecture franchies, chaque acte foisonnait de renseignements passionnants sur la vie du village à travers les "assemblées des habitants", des contrats d'apprentissage, divers baux de "pontonnage", de "dîmes", de métayage, ou encore des procès-verbaux mettant en évidence des querelles ou des évènements particuliers comme la protection des marchandises transportées par un voiturier par eau alors que la Loire était prise par les glaces.
La vie de chacun s'éclairait un peu plus à la lecture de ces actes. Une analyse plus approfondie a mis en évidence des éléments essentiels pour bien comprendre cette société à la fois si proche et si éloignée de nous. Le nombre important de documents consultés nous a également permis de dégager des données au caractère permanent prouvant l'immobilisme d'un monde qui allait s'écrouler quelques décennies plus tard.
Les contrats de mariage mirent en évidence les relations entre les familles et leurs fortunes. L'organisation sociale typique du monde rural, la création et les mouvances des communautés familiales, piliers de la vie économique, commencèrent à se dessiner avec plus de précision.
Les inventaires après décès nous ont donné une riche documentation sur les lieux de vie de nos ancêtres. Le notaire, accompagné de deux témoins, se rendait chez le défunt et répertoriait tout ce qui s'y trouvait, aussi bien dans l'unique pièce dans laquelle vivait toute la famille que dans le grenier, la cave, la grange ou la cour. Pas le moindre meuble, pas la moindre chemise n'échappait à la plume du tabellion. Tout était soigneusement consigné et évalué, que ce soit le poêlon d'airain ou la chaudière de fonte, le "gojar" ou le "tirefian", "le fusil très mauvais" ou encore "les gerbes de chanvre mâle", tout cela dans une même pièce appelée la maison. Les réserves de fil, de toile, de céréales, de vin, les outils, tout ce qui constituait le quotidien des gens y était énuméré méthodiquement. Rien n'était épargné, pas plus les draps sales que les "trois petits morceaux de toile qui ont été rognés sur le drap dont on a enseveli laditte défunte". Les vêtements rangés dans les coffres de "bois chesne" nous ont appris comment nos ancêtres étaient vêtus, depuis la cornette de la paysanne jusqu'à la coiffe en dentelle de la femme du chirurgien, ou encore le mauvais cotillon de tiretaine de la domestique ou la belle "domaie" en drap bleu du laboureur.

Si l'inventaire du château d'Herry nous a permis de connaître les différents domaines appartenant au seigneur, de savoir quels en étaient les métayers, de comparer l'importance de ces fermes et de constater la composition et la valeur du cheptel ou du matériel utilisé, il nous a aussi fourni moult détails concernant le château lui-même. Grâce à lui, nous avons pu décrire l'ameublement de chaque pièce qu'il s'agisse de la grande salle avec ses belles tapisseries de Flandres tendues sur les murs, avec son sofa couvert d'une étoffe de soie blanche et jaune, avec sa fontaine de cuivre rouge et ses neufs fusils accrochés au râtelier, qu'il s'agisse des chambres des châtelains avec leurs lits à rideaux et plafond de serge, de la chambre des domestiques avec les mauvaises paillasses, de la cuisine avec toute la vaisselle et les divers ustensiles ou encore de la boulangerie avec l'ouche à pétrir.
Contrairement à ce que nous aurions pu penser en nous référant à l'idée d'une noblesse vivant dans la richesse et l'opulence, nous avons pu remarquer, grâce à l'état récapitulatif des dettes du seigneur et de sa dame, que celles-ci étaient plus élevées que l'estimation de tous leurs biens. Nous avons aussi pu constater que le château ne rassemblait ni collection d'objets d'art, ni tableaux de maître représentant de glorieux ancêtres, ni même des meubles de valeur. N'y trouve-t-on pas un bas de buffet avec une table de marbre cassée par moitié ? Mis à part les tapisseries qui devaient d'abord protéger de la froidure des murs, la décoration est des plus simples.
Maître Dumas et son greffier n'ont oublié aucun détail et nous avons pu nous faire une idée très précise des lieux. Les vingt-cinq aunes de tapisserie des Flandres représentant l'histoire de Salomon dans la grande chambre ne sont nullement le fruit de notre fantaisie, pas plus que les rideaux d'indienne de Troyes ou les fauteuils à capucine couverts de tapisserie "au point à la turque".
Le temps, l'empreinte des évènements historiques, les ajouts des divers propriétaires ont effacé ce qui était décrit dans ces actes. Mais les murs sont toujours là, témoins d'une époque révolue, ils gardent un peu de l'âme de ceux qui y ont vécu.

Grâce aux nombreux inventaires après décès, nous avons ainsi pu pénétrer dans chaque demeure, de l'humble masure à la maison bourgeoise. Pour chacune, nous avons essayé de la situer sur les plans d'archives, avec parfois bien des difficultés en ce qui concerne le bourg. Sur la carte de Cassini*, nous avons retrouvé chaque hameau cité. Les lieux, même modifiés, gardent la mémoire de ces temps lointains. Nous avons voulu les connaître et c'est avec émotion que nous avons foulé le sol de la ferme des Barreaux, de Villatte ou des Butteaux et de tant d'autres endroits. Partout, des images du passé s'imposaient à notre esprit.
Au fil de nos découvertes, nous faisions de plus en plus ample connaissance avec tous ces gens du XVIIIe siècle. A force de les côtoyer, de les voir vivre, nous ne pouvions pas éviter de les imaginer, de leur mettre un visage convenant à leur caractère qui se dessinait à travers les informations les concernant. Petit à petit, élément par élément, détail après détail, nous avions l'impression de les ressusciter : ils s'imposaient à nous et devenaient les acteurs d'une série de tableaux vivants. Pour chaque personnage de notre livre toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé n'a rien de fortuit. Elle s'appuie sur de nombreux documents ; seuls, les traits physiques et les paroles que nous leur prêtons sont le fruit de notre imagination. Tous collent le plus près possible à la réalité que nous avons découverte à travers les documents. Difficile toutefois de connaître les sentiments qui pouvaient les animer dans une période tellement différente de la nôtre. Pourtant, nous nous attachions à eux et il nous est arrivé de ressentir une véritable émotion lorsqu'une mère mourait en couches, suivie de quelques heures ou de quelques jours par son enfant. Nous avons été gagnés par la colère des habitants lorsque le seigneur a ordonné la destruction de toutes les chèvres. Nous avions aussi l'impression d'être parmi tous ces gens en liesse et de partager leur joie, le jour du mariage chez Jacques Linard.
Chaque lecture et chaque découverte nous ont entraînés vers de nouvelles questions qu'il s'agisse de vocabulaire, de traditions, de métiers disparus. A force de recherches, presque chaque énigme a trouvé son explication. Nous avons découvert comment on fondait les cloches de nos villages tout près de l'église, comment fonctionnait un moulin à eau et quelle était la vie d'un meunier, comment on cultivait et utilisait le chanvre et tant d'autres choses.

Nous ne sommes pas historiens et n'établirons aucune généralité à partir de ce que nous avons constaté à Herry pendant la période étudiée. Pour nous, nos lointains ancêtres sont surtout des hommes et des femmes qui ont ri, pleuré, aimé, souffert, travaillé.
Aujourd'hui, Herry est resté un calme village berrichon. Le remembrement a modifié le paysage ; la mosaïque de parcelles entourées de "bouch'tues"* a fait place à de vastes étendues cultivées, au milieu desquelles se dressent encore les beaux bâtiments du XVIIIe siècle, cœurs inébranlables de ces anciens domaines. Le déboisement a dégagé des horizons qui se perdent maintenant à l'infini allant butter, au nord sur les contreforts du Sancerrois. Toutefois, quelques coins cachés offrent, au détour d'un chemin, des images bucoliques, pleines de charme, sorties tout droit du passé : un arpent de vigne près d'une vieille bâtisse à moitié en ruine ou encore un pré entouré d'aubépine où un troupeau de moutons broute paisiblement.
Le XIXe siècle a tracé une nouvelle voie de communication, le canal latéral à la Loire, perpétuant la vocation de lieu de passage que nous avions pu constater à Herry mais annonçant aussi la fin de la marine de Loire.
Dans l'église, nous avons retrouvé les traces des travaux entrepris par le Père Desmaisons. Les statues de Saint Loup et Saint Abdon achetées par le prieur ornent toujours les niches de part et d'autre de l'autel. Les cloches qui avaient été fondues en 1756 rythment toujours la vie des habitants d'Herry. A l'emplacement de l'ancien cimetière où tant des nôtres ont été couchés, s'étend maintenant un jardin agréablement paysagé où viennent flâner de rares promeneurs.
Sur les bords de Loire, nous n'avons pu trouver trace des pontons où accostaient les bateaux, pas plus sur la rive d'Herry que sur celle de Mesves. Nous avons, par contre, eu le plaisir de pouvoir redécouvrir le chemin aujourd'hui oublié, que nos ancêtres empreintaient pour aller du domaine des Barreaux au domaine des Butteaux. Sur les photos par satellite, on voit très bien une ligne droite, plus claire qui traverse les terres labourées, les nombreux passages des charrettes ou attelages et l'empierrement ayant modifié la nature du sol.
Avoir pu mettre nos pas dans ceux de nos ancêtres nous a ravi. Nous souhaitons à nos lecteurs autant de plaisir à découvrir ces tableaux croqués à l'ombre du siècle des Lumières que nous en avons eu à les dépeindre. Et, qui sait ? Certains retrouveront peut-être un de leurs lointains ascendants dans cette campagne berrichonne du milieu du XVIIIe siècle.


* Carte de Cassini : Dressée par ordre du roi Louis XV, la Carte de Cassini est la plus ancienne carte géométrique de la France entière, à moyenne échelle (1/86 400). Elle est l'œuvre de César-François Cassini (1714-1784) et de son fils Jacques-Dominique.

TABLE DES MATIERES

Préface
Avant-propos

* Chapitre I : Dom Desmaisons arrive à Herry
* Chapitre II : Un prieur et ses vicaires
* Chapitre III : La grande misère d'une église de village
* Chapitre IV : Dom Desmaisons et le sieur de Corvol, seigneur du lieu
* Chapitre V : Assemblée des habitants pour la répartition de la taille
* Chapitre VI : Une famille de marguilliers
* Chapitre VII : Vie de femme
* Chapitre VIII : L'heure de régler ses affaires pour ne pas mourir abandonnée
* Chapitre IX : La maladie des bêtes à cornes
* Chapitre X : Les meuniers
* Chapitre XI : Mariage au domaine des Butteaux
* Chapitre XII : Le seigneur du village ordonne de tuer toutes les chèvres
* Chapitre XIII : Seigneur et métayer signent le bail d'un domaine
* Chapitre XIV : Entre foi et superstition, Noël et ses légendes
* Chapitre XV : Inventaire après décès et testament
* Chapitre XVI : Fonte et bénédiction de la cloche
* Chapitre XVII : La dame d'Herry
* Chapitre XVIII : Incendie au prieuré
* Chapitre XIX : Marie-Anne Bezard, une femme qui sait gérer sa vie et ses biens
* Chapitre XX : Une culture omniprésente : le chanvre
* Chapitre XXI : La maladie de Dom Desmaisons
Epilogue
Lexique
Poids Mesures Monnaie
Noms des principales familles évoquées, métiers et lieux de vie
Bibliographie
Table des matières
Vous n’avez pas les permissions nécessaires pour voir les fichiers joints à ce message.
Modifié en dernier par Monique le 17 Nov 2014 19:46, modifié 1 fois.
Monique
 
Messages: 238
Enregistré le: 03 Nov 2014 19:09

Re: A l'ombre du siècle des Lumières

Messagepar Monique » 16 Nov 2014 14:36

Posté par Eric le 12/02/2009
Un ensemble de portraits sur le vif, vivant et émouvant basé sur l'étude d'actes, j'adore !!!!!
Monique
 
Messages: 238
Enregistré le: 03 Nov 2014 19:09

Re: A l'ombre du siècle des Lumières

Messagepar Monique » 16 Nov 2014 14:37

Posté par mariec le 11/06/2009

Bonjour,
j'ai lu ce livre, avec un réel plaisir. Enfin quelqu'un m'expliquait la vie de nos ancêtres, c'est un peu notre histoire dans ces lignes. J'ai pu comprendre pourquoi le notaire, le curé, le chirurgien et bien d'autres étaient si importants dans la vie de ces personnes.
Vraiment Merci, je l'ai prêté et ils ont aimé! c'est une belle récompense pour vous.
Merci Françoise et Henri-Claude.

Marie-Claude
Monique
 
Messages: 238
Enregistré le: 03 Nov 2014 19:09

Re: A l'ombre du siècle des Lumières

Messagepar Monique » 16 Nov 2014 14:38

Posté par Françoise18 le 06/11/2009

Merci Eric et Marie-Claude. Vos commentaires sont, pour Henri-Claude et moi, une belle récompense. Pour information, nous venons de sortir notre deuxième livre "La guerre du sel en Berry et Nivernais" dans lequel nous faisons revivre de nombreux épisodes liés à la contrebande du sel, découverts aux AD dans les procès-verbaux des greniers à sel. Une page oubliée de notre histoire et pourtant certains cahiers de doléances parlaient d'une véritable guerre civile liée à cette contrebande
Monique
 
Messages: 238
Enregistré le: 03 Nov 2014 19:09


Retourner vers Histoire du Berry

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron