APIED Philippe. Pseudonyme : PICOTE Jean

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APIED Philippe. Pseudonyme : PICOTE Jean

Messagepar apiedjp » Lun 25 Fév 2019 12:00

Né à Lunery (Cher), le 5 juillet 1846 ; mort à Sayat (Puy-de-Dôme), le 1er février 1934 ; cultivateur, ouvrier, maréchal-ferrant, métayer ; militant socialiste ; maire de Bigny-Vallenay (Cher).
Philippe Apied naquit à Lunery, petite ville ouvrière, où ses parents étaient propriétaires exploitants. Il les aida à la culture mais le bien familial ne semble pas avoir été assez étendu pour le retenir à la terre. Vers sa vingtième année, il quitta le département. En 1868, il travaillait à Bègles (Gironde) où il aurait adhéré à la Première Internationale. Certaines traditions de famille ont pu l’orienter vers l’activité politique : un Philippe Apied (son oncle ?), cultivateur, fut maire de Lunery de 1878 à 1884. Ph. Apied était à Paris en 1870 quand survint la guerre. Il s’engagea, fut envoyé en Algérie où il était au moment de la Commune de Paris : il n’en eut que les échos mais fut enthousiasmé.
Libéré, il se maria, vécut quelques années dans la région parisienne, particulièrement à Vitry-sur-Seine où naquit sa fille aînée Hélène, le 15 octobre 1873. Son parent Philippe Apied, élu maire adjoint de Lunery en 1871, fut suspendu de ses fonctions par le préfet du Cher le 29 décembre 1873, pour avoir « critiqué violemment les actes de l’administration préfectorale » (Le Journal du Cher).
Dans ce contexte de lutte politique, Apied revint dans le Cher. Il s’établit comme maréchal-ferrant au village de l’Orange sur la commune de Bigny-Vallenay. Les forges de Bigny et les mines de fer périclitaient ; anciens mineurs, anciens forgerons et les nombreux bûcherons constituaient un milieu perméable à la propagande socialiste. Dès 1876 Apied créa un comité républicain-socialiste qu’il anima pendant plusieurs années. Principal propagandiste du Saint-Amandois, il collabora en 1883-1884 au Républicain socialiste du Centre, hebdomadaire socialiste fondé le 22 juillet 1883 par Édouard Vaillant et ses amis blanquistes du comité républicain-socialiste de Vierzon. En 1889, il fut le principal soutien de Paul Lafargue lors de sa candidature aux élections législatives dans la 1re circonscription de Saint-Amand. La crise boulangiste et les difficultés économiques des exploitations forestières donnèrent aux idées d’Apied un nouvel écho. Pendant l’hiver 1891-1892, les bûcherons du Saint-Amandois se mirent en grève. Le maréchal-ferrant de Bigny fut de ceux qui, avec H. Mauger et Baudin, donnèrent au mouvement une organisation syndicale et un esprit socialiste. Il en cueillit rapidement les fruits : le 23 mai 1892, il devint maire de Bigny et le resta jusqu’au 3 mai 1896. En 1893, il était élu conseiller d’arrondissement du canton forestier de Châteauneuf mais la flambée socialiste tomba rapidement et en 1895, le sénateur E. Girault le battit aux élections du conseil général. En 1894, Apied avait été candidat de principe aux élections sénatoriales, en tête d’une liste de trois socialistes, il recueillit soixante-trois suffrages.
La popularité d’Apied dans les milieux ruraux de la région de Bigny avait connu son apogée en 1892 mais sa non réélection à la mairie en 1896 est un indice des difficultés qu’il rencontra dans les années suivantes. Apied quitta Bigny vers 1900 pour s’installer comme métayer à Bannay, dans le Sancerrois. Ses activités politiques lui avaient sans doute fait perdre la clientèle des gros propriétaires. Dans sa nouvelle résidence, Apied dut se contenter d’écrire des articles pour les journaux socialistes locaux et de participer aux congrès départementaux. Son influence sur les petits propriétaires du Sancerrois fut faible.
Depuis les années 1880, il était lié aux blanquistes du Comité révolutionnaire central devenu Parti socialiste révolutionnaire en 1898 ; mais en 1901, les éléments modérés de la Fédération du Centre fondèrent avec Breton la Fédération socialiste autonome du Cher. Le métayer de Bannay, comme beaucoup de pionniers du socialisme dans le Cher, prit fait et cause pour le député de Vierzon et les militants exclus du comité de Bourges (Cougny, Fève, Rapin, Chasset-Vital). Dans sa rubrique en français patoisant du Citoyen du Cher, le père Picote commentait en ces termes la scission Vouéyé à Bourges sé lé jeune, lé dergné arrivé qui v’lon espulsé lé vieu militant, sé bin trisse. Il démissionna du PSR en juin et présida le congrès dissident du 18 août 1901. Les chroniques berrichonnes du père Picote donnèrent la même année un témoignage d’un grand intérêt sur sa conception du socialisme. Dans une série d’articles intitulée « squé jé rêvé », il décrit son village et sa ferme sous la République sociale. Comment la Révolution a-t-elle triomphé ? simplement « en envoyant à la Chambre une boune majorité d’socialisse. Ossito arrivé, isson mi à leuve : i lon tou dsuite décrété la Sociale, épi, avan qlé grou bounet i léyin eu ltemps de sconserté, i lon ouvère tou grand lé magasin dla justice ». D’ailleurs devant les réalisations de la Sociale, la bourgeoisie mesura vite l’ampleur de son égoïsme. Si le schéma de la prise du pouvoir restait naïvement électoraliste, la société créée était authentiquement communiste : suppression de la monnaie, fermes collectives, restaurants collectifs (Le Citoyen du Cher, 1901).
Apied milita activement au sein de la Fédération socialiste autonome qu’il représenta aux élections sénatoriales du 4 janvier 1903. L’unité réalisée dans le Cher en 1906, combla ses vœux. Dès lors, il fut un militant discipliné de la SFIO. Breton ne put l’entraîner dans la dissidence en 1910. L’attitude d’Apied, candidat socialiste aux élections sénatoriales du 2 octobre 1910, provoqua de vives polémiques dans la Fédération. Après avoir obtenu quatre-vingt-seize voix au premier tour, le métayer de Bannay, appuyé par la majorité du conseil fédéral, refusa de se retirer en faveur d’un radical malgré les appels de Breton. On trouve un Apied secrétaire du comité socialiste de Vierzon-Bourgneuf en 1914 mais il ne s’agit sans doute que d’un homonyme. Il y a au contraire identité avec Apied membre du conseil fédéral de la SFIO en 1915.
Pendant la Première Guerre mondiale, il fut favorable à l’Union sacrée et maintint son appui au courant Renaudel représenté dans le Cher par H. Laudier. Pendant l’été 1920, il signa la protestation de la Vie Socialiste contre le télégramme Cachin-Frossard. Le conseil fédéral le blâma pour indiscipline, ainsi que les cinq autres signataires du Cher. Après le congrès de Tours, le pionnier du socialisme rural dans le Cher participa à la création de la Fédération SFIO mais son âge ne lui permettait guère un militantisme actif.
Philippe Apied eut deux filles. L’aînée, Hélène née en 1873, fut institutrice puis directrice d’école à Levet. En 1909, elle siégeait au bureau du syndicat de l’Enseignement du Cher. La cadette épousa Albert Paulin, ouvrier tailleur, militant socialiste de Levet. Ils s’installèrent en 1905 dans le Puy-de-Dôme où Paulin devint secrétaire de la Fédération SFIO avant d’être élu député en 1924. Vers 1930, Apied, sa femme et sa fille aînée s’installèrent chez son gendre. Il resta adhérent de la section SFIO de Sayat jusqu’à son décès le 1er février 1934.
Pour citer cet article :

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/ ... ticle88152, notice APIED Philippe. Pseudonyme : PICOTE Jean par Claude Pennetier, version mise en ligne le 17 octobre 2010, dernière modification le 3 août 2013.
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Re: APIED Philippe. Pseudonyme : PICOTE Jean

Messagepar Nicole C » Mar 26 Fév 2019 18:00

Merci Jean-Pierre, ça pourrait aller dans "Le Berry et son histoire" "Personnages"
Amitiés, Nicole
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